24 AVRIL 1915 GÉNOCIDE DES ARMÉNIENS

LA RECONNAISSANCE ET UNE JUSTICE ÉQUITABLE POUR NOS MORTS

L’existence des Arméniens est avérée dès 721 avant Jésus Christ avec le royaume d’Ourartou. A son apogée, en 70 avant Jésus Christ, le royaume d’Arménie s’étendait jusqu’au royaume de Judée. Pendant des siècles, les royaumes d’Arménie, ou les principautés arméniennes coexistèrent aux côtés des grands empires romain, parthe ou perse. Dès l’an 301, l’Arménie avait opté pour le christianisme comme religion d’État. Dans le tumulte des guerres régionales, elle fut envahie par les Perses, les Mamelouks, les Russes et les Turcs. Ce n’est qu’au 12ème siècle que les Turcs regroupés en deux tribus « Ak koyunlular » les Moutons Blancs et « Kara Koyunlular » les Moutons Noirs venant d’Asie Centrale firent leur apparition en Anatolie. Au fil des conquêtes, ils déployèrent leur mainmise sur trois continents, l’Europe, l’Asie et le nord de l’Afrique, qu’ils érigèrent en Empire Ottoman sur plus de 2 millions de Km².

En 1915, durant la Grande Guerre qui opposait l’Allemagne, l’Empire austro-hongrois et leur allié l’Empire Ottoman à la Russie, l’Angleterre et la France, le gouvernement Jeune Turc décida d’ arrêter, de spolier, d’ exécuter les notables arméniens de Constantinople puis de déporter les Arméniens d’Anatolie vers les camps de concentration de Syrie .

Le 25 octobre 1917, la révolution bolchevique éclata en Russie sous l’impulsion de Lénine. Le tsar destitué, le régime passait sous l’autorité du parti communiste. Suite à ces bouleversements, les soldats russes qui occupaient le Caucase et une partie de l’Arménie orientale regagnèrent leurs foyers, sans prendre leurs armes. Cela permit aux Turcs de récupérer tout le matériel militaire laissé sur place par leurs ennemis.

Avançant progressivement, l’armée turque récupérait les terres arméniennes délaissées par les Russes. Dans ses mémoires, le général turc Kâzim Karabekir écrivit que, dans chaque village arménien traversé et abandonné par ses habitants, ses soldats trouvaient des vivres en quantité abondantes et pouvaient se reposer dans les maisons. Il avoua que, sans cela, son armée n’aurait pu faire un pas de plus.

Après l’armistice, la première République d’Arménie fut créée le 28 mai 1918 avec la bénédiction des Turcs, de l’Europe et des États-Unis.

Dans son livre de La République d’Arménie édité en 1928, Simon Vratsyan rapportait entre autres que : « D’Erevan (capitale de l’Arménie), les canons turcs étaient visibles. L’Arménie était devenue exsangue ; la moitié de la population était composée de rescapés des massacres. »

Le 29 novembre 1920, l’Arménie rentrait dans le giron Soviétique.

Pendant 70 ans, les Arméniens connurent un âge d’or, malgré les atrocités du régime stalinien. Après l’implosion de l’URSS, la République d’Arménie fut constituée, le 21 septembre 1991.

A ce jour, une trentaine de pays au Monde a reconnu le Génocide des Arméniens mais la Turquie continue à nier cette vérité historique.

À l’époque, si les Turcs avaient agi intelligemment après l’éclatement de l’Empire Ottoman, débarrassés de leur nationalisme dévastateur pour mettre en œuvre un État Fédéral composé de Turcs, d’Arméniens, de Kurdes, de Grecs et de Juifs, l’Anatolie serait devenue un paradis au Moyen Orient. Il aurait largement dépassé la Suisse.

Les peuples du Monde doivent comprendre que leurs différends ne peuvent se régler par des guerres. C’est en générant les liens directs et solides, et par de franches discussions que les problèmes seront à jamais résolus.

Nersès Durman-Arabyan
Antony – 8 mai 2020

Ignorance ou Marchandage du Génocide des Arméniens

Le 30 mai 2018, la Knesset (Parlement israélien) allait examiner la question de la reconnaissance du génocide des Arméniens.

Raphaël Lemkin
Raphaël Lemkin

Cependant, le rapporteur de la proposition Yuli-Yoel Edelstein n’avait pas inscrit cette question à l’ordre du jour arguant du fait que le vote des parlementaires ne rassemblerait pas une majorité suffisante pour son adoption.

Si malheureusement la crainte de ce rapporteur correspond à la réalité, il est douloureux d’admettre que des députés israéliens porteurs de la mémoire de la Shoah puissent ignorer l’existence du génocide des Arméniens.

La civilisation arménienne perdure depuis des millénaires. Cependant, durant des années, le peuple arménien a dû faire face à des attaques constantes bien qu’il fut toujours considéré comme une « nation fidèle » rendant d’immenses services aux autres pays ce qu’attestent de nombreuses archives historiques.

Le 24 avril 1915, à Constantinople, le gouvernement turc a minutieusement préparé la déportation et le massacre de plusieurs centaines d’intellectuels et de notables arméniens puis a poursuivi son action dévastatrice en Arménie occidentale en exterminant 1,5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

Si le crime de génocide perpétré contre les Arméniens en 1915 avait été condamné de façon exemplaire par la justice internationale, jamais le peuple juif aurait été victime de l’extermination nazie lors de la seconde guerre mondiale.

Le 22 octobre 1939, Hitler n’aurait-il pas dit devant ses officiers : « Qui donc se souvient encore du massacre des Arméniens ? »

En 1944, la notion de génocide fut créée par le juriste juif polonais Raphaël Lemkin, en prenant pour exemple le génocide des Arméniens.

La question de la reconnaissance du génocide des Arméniens a souvent été la source d’un odieux marchandage dans les relations interétatiques avec la Turquie. Malheureusement, force est de constater que les nations dites civilisées recourent systématiquement à ce stratagème pour bénéficier de contrats juteux.

Le Génocide est la douleur lancinante du peuple arménien dont il souffre depuis plus d’un siècle. La non-reconnaissance et la négation du génocide des Arméniens exaspèrent et répugnent les jeunes arméniens descendants des rescapés du génocide. Certains esprits ignorants plongés dans les ténèbres devraient s’éclairer grâce aux témoignages des rescapés du génocide et des documents transmis par les chercheurs et les historiens internationaux.

L’Arménien doit faire preuve de patience dans un esprit unitaire pour déjouer les pièges tendus par ses adversaires.

Nersès Durman-Arabyan
Paris le 31 mai 2018