La guerre hybride gréco-turque *(1)

Les relations entre la Grèce et la Turquie ne sont pas au beau fixe ; c’est le moins que l’on puisse dire. La Turquie, pays de plus de 80 millions d’habitants, puissance régionale incontestable et qui se rêve en grande puissance, mène une politique agressive à l’égard de ses voisins. Cette politique, qualifiée de néo-ottomane depuis l’accession au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan, prend des formes diverses, suivant les circonstances.

Cependant, une constante caractérise le comportement turc envers la Grèce : la pression permanente, sans relâche et sans répit. Une guerre hybride menée par la Turquie depuis des années.

L’instrumentalisation par la Turquie des migrants est le dernier épisode en date. En poussant, début 2020, des milliers d’entre eux vers la frontière grecque (maritime et terrestre), Ankara renforce considérablement la pression sur Athènes ; tout le monde a encore en tête les images de centaines de milliers de migrants débarquant sur les côtes des îles grecques de la mer Égée, avec son lot de drames…

Nombreux sont les analystes en géopolitique qui penchent vers l’existence d’un plan fomenté par les différents services turcs, maintenant une attitude agressive à l’égard de la Grèce.

Au-delà de l’instrumentalisation des migrants, la Turquie mène une autre attaque coordonnée et parallèle contre la Grèce. Il s’agit de la diffusion massive et ciblée d’informations dans les médias occidentaux, notamment ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France, avec l’intention de déstabiliser la Grèce, en la décrédibilisant et en la présentant comme un pays hostile aux droits de l’homme et au droit d’asile.

Il s’agit d’une guerre qui ne dit pas son nom. La Turquie, par le lobbying et la désinformation tente de nuire à la Grèce, tentant par la même occasion de cacher ses propres insuffisances sur le respect des droits de l’homme, de l’État de droit, de la liberté de la presse et d’expression ; un soft power agressif en quelque sorte, qui essaie d’inverser la situation.

Ces fausses informations étaient relayées et appuyées par le sommet de l’État turc, au moment où la multiplication d’informations dans la presse était à son apogée. De cette manière la décrédibilisation de la Grèce s’accompagnait d’un « crédit » à l’égard de la Turquie et de ses dirigeants (en tout cas, c’était l’objectif turc).

Ce soft power du lobbying et de la diffusion de fausses informations, est utilisé en complément au hard power que constituent dans ce cas précis, les migrants. Et ce n’est pas un hasard si la grande majorité de ces migrants, qui se sont déplacés vers la frontière turco-grecque à l’appel du gouvernement turc, étaient des Pakistanais, des Afghans ou encore des Maghrébins. Les Syriens étaient bizarrement absents…

Les fausses informations qui ont circulé concernaient, entre autres, la mort par un tir grec d’un migrant, les tirs à balles réelles de la police et de l’armée grecques contre les bateaux des migrants, les vols purs et simples des biens des migrants, les trafics en tout genre, etc, etc…

De nombreux migrants ayant témoigné dans les médias (surtout occidentaux) étaient trop bien informés et capables de manier à merveille les ficelles de la communication pour être totalement exempts de suspicion d’être manipulés ou manipulateurs.

Sur ce point, un article du New York Times *(2) , daté 10 mars 2020, est un modèle du genre : il faisait état de « camps de détention secrets » opérés par les autorités grecques et d’utilisation de tirs à balles réelles, sur la base d’un témoignage d’un réfugié syrien. Ensuite, le journal a été obligé de rectifier car le « réfugié syrien » avait en réalité un passeport turc !

La stratégie du gouvernement turc est, à mon sens, évidente : « constituer des abcès aux portes de l’Europe » et « organiser régulièrement des intrusions » afin de maintenir la pression et le climat de guerre contre la Grèce et la pression permanente sur le vieux continent.

L’objectif étant toujours le même : obtenir le plus possible tant au niveau économique et financier que politique avec un éventuel soutien face à la Russie (aussi bien sur le front syrien que libyen).

D’ailleurs, les demandes de Recep Tayyip Erdogan auprès de Bruxelles ont été claires : obtenir plus d’aide économique pour faire face au problème des réfugiés, obtenir la libéralisation des visas d’entrée dans l’Union européenne pour tous les citoyens turcs et, enfin, débloquer les négociations d’adhésion de la Turquie dans l’UE avec, dans un premier temps, l’ouverture de cinq chapitres de l’acquis communautaire. Ce dernier point mérite une petite explication supplémentaire : les cinq chapitres demandés par la Turquie sont ceux que la République de Chypre bloque unilatéralement car la Turquie ne reconnait pas Chypre et n’applique pas l’Union douanière qu’elle a avec l’Union, à Chypre. Cela équivaut à une demande turque d’écarter Chypre et d’ignorer l’existence de l’occupation turque de la partie nord de l’île, territoire, rappelons-le, faisant partie de l’Union européenne.

Une autre information importante sur les migrants vivant en Turquie n’a pas fait l’objet de la couverture médiatique qu’elle méritait : non seulement la Turquie laisse (ou plutôt, pousse) les migrants à se rendre à la frontière grecque, mais également elle déploie des renforts pour empêcher la Grèce de repousser les migrants.

La grande crainte de l’Union européenne, et surtout des pays situés en première ligne, c’est-à-dire les pays frontaliers de la Turquie, c’est d’avoir à affronter une agression turque. En clair, la crainte de la Grèce et de Chypre, c’est que la Turquie, en proie à de problèmes internes – économiques et politiques – et en proie à des problèmes au niveau de ses interventions extérieures où elle a récemment connu la défaite, ne cherche à tout prix à obtenir un succès militaire, une victoire « extérieure ».

*(1) D’après un article de l’auteur, paru dans Europe & Orient, No 30, janvier-juin 2020.

*(2) ‘We Are Like Animals’: Inside Greece’s Secret Site for Migrants

Charalambos Petinos
Historien et écrivain

Επικοινωνία – Contact : info@diaspora-grecque.com

http://diaspora-grecque.com/modules/altern8news/article.php?storyid=6602

1937 RÉFÉRENDUM DE HATAY [1] 2020 RÉFÉRENDUM DE CHYPRE ?

Le 22 juillet 1974, les forces armées turques attaquèrent l’île de Chypre et occupèrent 30% du territoire du pays.  Faisant fi de la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU de libérer les terres conquises, les autorités d’Ankara continuèrent à installer des colonies turques sur les territoires chypriotes occupés. Cette partie de l’île proclama son indépendance et forma un gouvernement turc de Chypre. Depuis plus de 45 ans, Chypre reste coupée en deux.

Dernièrement, le président de la République Turque de Chypre, Mustafa Akinci a eu un entretien avec un journaliste anglais du Guardian ; il lui a fait des révélations sans précédent provoquant une indignation dans les milieux gouvernementaux de Turquie :

« En définitive, la Turquie désire avaler la république turque de Chypre en la réduisant à un département de Turquie, lui (Mustafa Akinci) ne deviendra pas un deuxième Tayfon Sökemen, président de la République de Hatay, quand en 1937 la Turquie organisa un référendum et transforma la République de Hatay en un département de la Turquie. »

Suivant les réflexions de Mustafa Akinci, il nous semble qu’afin de réunir les deux communautés de Chypre, grecque et turque, les autorités mixtes veulent mettre sur pied une République Fédérale de Chypre composée de deux gouvernements. Or le désir de la Turquie serait d’organiser un référendum dans la communauté turque de Chypre pour annexer la République turque de Chypre et pourquoi pas l’ensemble de l’île ?

Après le Génocide des Arméniens de 1915, avec 1,5 millions de victimes, certains rescapés continuaient de vivre sur leur sol natal au milieu des ruines de leurs églises et de leurs écoles détruites mais précieusement conservée car elles étaient les vestiges d’un passé millénaire en particulier dans le sandjak d’Alexandrette.

Cette région aujourd’hui connue sous le nom de « Hatay » où vivaient encore, en 1937, des Arméniens profondément attachés à leurs terres d’origine fut offerte à la Turquie. Cependant, Hatay conservait un statut de territoire autonome, c’est la raison pour laquelle, les autorités turques voulurent organiser un référendum pour annexer cette région ; elles escomptèrent obtenir l’adhésion des Arméniens de cette région. Une personnalité arménienne devait servir d’agent de liaison entre le pouvoir turc et le prélat de l’église arménienne. L’intermédiaire prit donc rendez-vous avec Monseigneur Kevork Arslanyan et lui transmit le vœu des autorités turques afin d’obtenir les votes des Arméniens lors du référendum. Il était explicitement demandé aux prêtres de se prononcer pour la Turquie lors des prêches et des homélies pendant les messes du dimanche dans les églises. Profondément ulcéré par cette requête, Monseigneur Kevork Arslanyan refusa d’accéder au souhait des autorités turques. La nouvelle du refus du prélat se propagea dans la ville de Hatay.

À cette époque, un pharmacien arménien du nom de Mihran Bursaliyan effectuait son service militaire dans l’armée comme officier (son fils Hamparsum fut mon camarade de classe à l’école arménienne d’Istanbul). Tout à fait par hasard, ce pharmacien entendit des rumeurs selon lesquelles un attentat se préparait contre Monseigneur Kevork Arslanyan.  Sans perdre une minute, Mihran Bursaliyan se précipita au domicile du prélat et lui conseilla de quitter rapidement le pays. Monseigneur Arslanyan accepta la proposition. Mihran Bursaliyan fit fabriquer un cercueil dans lequel Monseigneur Arslanyan s’allongea et, dans la nuit, le cercueil scellé fut transporté en Syrie. 

En 1940, un journal arménien fut distribué gratuitement dans la communauté arménienne de Hatay mais cela est une autre histoire.

Nersès D.- Arabyan
Paris le 23/02/2020

[1] Dans les livres de géographie des écoles de Syrie Hatay est désigné comme un territoire Syrien.

Version arménienne

L’invasion turque en Syrie

Charalambos Petinos – historien

Texte paru dans L’Incorrect

L’invasion turque en Syrie maintes fois annoncée par le président turc Recep Tayyip Erdogan a été lancée. L’ensemble des acteurs dans la région ont semblé pourtant surpris. Si l’on examine les différentes données, les explications sont flagrantes. Cette attaque répond tout d’abord à un aspect impératif de politique intérieure d’Erdogan : les élections municipales – notamment celle d’Istanbul – ont montré les limites de l’erdoganisme. D’abord, l’usure du pouvoir, accompagnée d’une crise économique réelle, renforcée par la présence de 3,6 millions de réfugiés syriens, montre les limites du modèle économique turc qui a longtemps fourni au président turc un argument de poids. Ensuite, l’extrême polarisation de la société turque apparait au grand jour avec son lot de frustrations de plus en plus nombreuses, au sein de l’opposition laïque et kémaliste. Enfin, la perte de vitesse et de poids dans le conflit syrien, faisait craindre au gouvernement turc une éviction pure et simple de ce théâtre majeur d’opération géopolitique, menant éventuellement à la création d’une entité kurde le long de la frontière sud du pays avec la Syrie, longue de plus de 900 kilomètres.

Patrouille turque à Kobané

Les objectifs turcs

Officiellement, la Turquie souhaite créer une zone de sécurité à sa frontière avec la Syrie ; dans l’esprit d’Erdogan cela implique d’en chasser les Kurdes et d’y installer une grande partie des réfugiés syriens sunnites, actuellement sur le sol turc. De cette manière il règle le problème kurde syrien et se débarrasse des réfugiés.

Cependant, procéder au remplacement des populations kurdes du nord de la Syrie par des populations arabes créera un problème qui perdurera dans le temps, avec des frustrations de part et d’autre. Car, comment ces populations arabes pourront-elles se maintenir dans cette région sans le soutien actif de la Turquie ? Et si la Turquie réussit à réaliser cette « zone de sécurité », devra-t-elle rester sur place pour longtemps, peut-être pour toujours ? Cela me fait penser au problème de la division de Chypre. En 1974 la Turquie a mis en avant un beau prétexte pour envahir et occuper la moitié de l’île de Chypre : la restauration de l’ordre constitutionnel et la protection de la communauté chypriote turque ; elle n’a fait ni l’un ni l’autre. Elle a cessé de reconnaitre la République de Chypre et elle a submergé la communauté chypriote turque avec des colons amenés de Turquie, justement pour modifier la structure démographique de l’île et contrôler la communauté chypriote turque. La Turquie est depuis cette date présente sur l’île, avec une armée de plus de 40 000 soldats. Elle n’aura aucune raison d’agir différemment en Syrie, accomplissant un peu plus le rêve ottoman du raïs. Une deuxième possibilité est aussi l’annexion de ce territoire syrien un peu sur le modèle d’Alexandrette.

N’oublions pas, par ailleurs, que la théorie du néo-ottomanisme a survécu politiquement à son initiateur – Ahmet Davutoglu, ancien bras droit d’Erdogan, évincé du pouvoir car il faisait de l’ombre au sultan – qui considérait que seuls deux faits majeurs positifs étaient à mettre au crédit de la République turque kémaliste : l’annexion d’Alexandrette et l’occupation de Chypre.

Pour comprendre le comportement de la Turquie d’Erdogan, revenons un peu en arrière : Tancrède Josseran, dans un très bon article sur la nouvelle politique étrangère turque, intitulé Turquie : repenser l’Empire (https://www.diploweb.com/Turquie-repenser-l-Empire.html) précise : « La République turque a été consacrée en 1923 par une double rupture politique et culturelle. En faisant table rase du passé théocratique et cosmopolite de l’Empire ottoman, Mustafa Kemal. Miroir négatif de l’identité turque, l’islam a été extirpé de la mémoire collective. Religion civique du nouvel État, la laïcité est devenue le point de départ et d’aboutissement obligatoire du projet d’ingénierie sociale des élites kémalistes ». Davutoglu, l’homme qui a théorisé la nouvelle politique étrangère turque, estimait que le retrait et le désintérêt marqué d’Ankara pour l’ancien espace ottoman a créé un décalage. Il considérait que la Turquie moderne née des révolutions menées par Atatürk n’avait rien accompli de bon, excepté l’invasion de Chypre et l’annexion d’Alexandrette.

Afin de situer la question kurde en Turquie, rappelons-nous que la Turquie kémaliste cherchant à homogénéiser son espace national, promulgue dès l’année suivant la déclaration de la République, une loi interdisant toutes les écoles, associations et publications kurdes. L’existence du peuple kurde était niée et sa langue interdite. Des centaines de milliers de Kurdes étaient déportés ou massacrés.

La légère amélioration apparente de la dialectique de l’AKP depuis son accession au pouvoir en 2002 a été vite balayée par le refus de reconnaitre vraiment le fait kurde et de discuter, avec le PKK et les autres forces politiques kurdes, de l’avenir. Le président turc a instrumentalisé la question kurde à maintes reprises, comme par exemple en 2015 lorsqu’il a lancé une véritable guerre contre les Kurdes dans les régions orientales de la Turquie, afin d’exacerber les sentiments nationalistes des Turcs et gagner les élections avec une majorité lui permettant de changer la constitution et transformer le régime en présidentiel, chose faite en avril 2017, par référendum.

L’invasion turque en Syrie ne date pas du 9 octobre 2019

Depuis le début de la crise syrienne, la Turquie d’Erdogan a joué sa propre partition. Sa position ambigüe à l’égard de l’État islamique avait commencé à sérieusement agacer les États-Unis et la coalition internationale. Après les tergiversations initiales et après avoir permis à des milliers de djihadistes de passer en Syrie par la Turquie, permettant aussi l’armement de ces djihadistes, Erdogan a fait mine de soutenir réellement la coalition internationale contre l’État islamique ; il a permis aux Américains d’utiliser leurs bases en Turquie pour frapper l’État islamique et il a même indiqué que la Turquie allait participer aux frappes de la coalition. Néanmoins, le monde stupéfait et impuissant assistait aux frappes turques en Irak ; hélas (encore une fois) pas contre l’État islamique mais contre les Kurdes, seule force terrestre se battant réellement contre l’État islamique !

Parallèlement, la Turquie réclamait la création d’une zone d’exclusion au nord de la Syrie, demande qui n’a pas été acceptée, ni par la coalition internationale, ni par la Russie (dans un premier temps). La Turquie souhaitait en réalité barrer la route aux Kurdes syriens et les empêcher de faire la jonction entre tous les cantons kurdes, notamment celui d’Afrine avec les régions kurdes situées à l’est de l’Euphrate. La hantise du président turc n’était pas le développement de l’EI ; c’était plutôt la création d’une entité autonome homogène kurde au nord de la Syrie.

Le 24 août 2016, ce fut la prise de Djarabulus, à l’ouest de l’Euphrate, non loin de la frontière turco-syrienne. Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’objectif principal de la Turquie était en réalité l’élimination des Kurdes des unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du Parti de l’union démocratique (PYD), affilié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre Ankara depuis 1984.

Tolérée par la coalition internationale, l’incursion de l’armée turque marquait un nouveau tournant dans la guerre en Syrie. Baptisée « Bouclier de l’Euphrate », elle avait pour cible non seulement l’État islamique, mais aussi les combattants kurdes. Il était aussi plus qu’évident que sans l’aval russe cette incursion turque en territoire syrien n’aurait pas été possible.

Le succès de l’opération semble avoir été précédé d’un échange de bons procédés : les Turcs cessaient de soutenir les groupes islamistes qui tenaient la partie orientale d’Alep permettant ainsi la prise de la ville par les forces d’Assad soutenues par la Russie ; de leur côté, les Russes permettaient l’invasion turque. Les deux pays (Russie et Turquie) sortant gagnants : la Russie contrôlait la ville symbolique d’Alep et elle était plus que jamais l’acteur majeur dans le conflit syrien et la Turquie empêchait la jonction des deux régions kurdes de Syrie mettant un terme aux velléités de création du Rojava au nord de la Syrie. Les Kurdes étaient de nouveau les vrais perdants.

C’est dans la même logique que nous devons chercher une explication à l’invasion turque à Afrine, début 2018. Le canton kurde du nord-ouest de Syrie, coupé du reste de la région kurde syrienne, était une cible idéale pour la Turquie. L’attaque turque a coïncidé avec l’attaque de l’armée syrienne, soutenue par la Russie, contre la région tenue par l’État islamique de La Goutta. Dans cette région il y avait entre autres, des « rebelles » syriens soutenus par la Turquie. Lorsque la Russie a permis à l’aviation turque d’attaquer Afrine, la Turquie a ordonné aux groupes islamistes syriens de La Goutta qu’elle contrôlait de se retirer ; c’était du donnant-donnant, comme dans le cas d’Alep. La prise d’Afrine n’a pas été de tout repos. L’offensive turque a duré un mois et quand le contrôle de la région fut total, la politique de nettoyage ethnique a été mise en place. La population kurde de la ville et de la région d’Afrine a été chassée, remplacée par des rebelles islamistes, soutenus par la Turquie.

Cet échange de bons procédés avec la Russie est très probablement en train de se renouveler avec la dernière invasion turque : la province d’Alep est en ligne de mire du régime d’Assad et de la Russie. La réaction plus que modérée de cette dernière à l’invasion turque laisse clairement entrevoir cette possibilité.

De son côté, la Russie a tout à y gagner : d’un côté elle récupère des régions entières de la Syrie et de l’autre, elle crée de plus en plus de problèmes aux États-Unis et à l’OTAN. La commande turque des S400 russes en est le dernier volet de cette tentative russe de déstabilisation de l’OTAN par l’instrumentalisation de la Turquie. Et quand on connait l’esprit pratique d’Erdogan et les revirements successifs qu’il a opérés depuis sa prise de pouvoir, on peut légitimement penser que cet épisode n’est pas le dernier…

Le 9 octobre 2019, la Turquie envahit le nord de la Syrie avec l’intention clairement déclarée de remplacer la population kurde par une population arabe et « sécuriser » ainsi sa frontière syrienne.

Le lâchage des Kurdes par les États-Unis a ouvert la porte aux velléités expansionnistes turques. Cet acte américain répond probablement à un impératif stratégique de l’administration Trump : pour l’administration Trump, l’ennemie dans la région c’est l’Iran. En permettant indirectement aux Turcs d’envahir la Syrie, ils tentent de sauver ce qui peut encore l’être. C’est-à-dire que le moment venu, les États-Unis pourront demander à la Turquie son soutien face à l’Iran, mettant en avant le fait d’avoir retiré leurs soldats du kurdistan syrien permettant ainsi l’opération turque.

De son côté, le président turc, comme à son habitude, répond aux difficultés intérieures par une guerre extérieure, avec la volonté évidente de fédérer tous les nationalismes turcs sous son leadership et continuer ainsi à régner sur le pays ; la perte de Constantinople lors des dernières élections l’a poussé dans cette direction…

Contraints et forcés devant l’attaque turque, les forces kurdes n’ont pas voulu jouer la même partition qu’à Afrine. Cette fois les Kurdes ont demandé de l’aide à Assad. En réalité l’attaque turque est instrumentalisée par le régime syrien et au-delà par Poutine, actuellement seul maître du jeu sur le théâtre syrien. En quelques jours, les troupes loyalistes syriennes ont occupé et continuent à avancer dans le territoire que les Kurdes occupaient depuis presque cinq ans. Par exemple, malgré les déclarations aux accents nationalistes d’Erdogan, l’armée turque ne parait pas en mesure d’entrer dans Manbij. Les troupes d’Assad, soutenues par les Russes, ont pénétré mardi 15 octobre, dans la ville, qui occupe un emplacement stratégique dans la région.

Par ailleurs, il serait vraiment étonnant que les Turcs osent s’opposer aux troupes d’Assad et, par conséquent, indirectement aux Russes. Il est également plus que probable que l’aval russe à l’invasion turque en Syrie soit accompagné par un autre service que la Turquie doive rendre à Assad : la région d’Idlib où les troupes loyalistes syriennes ont pris pied et où l’armée turque et ses affidés syriens n’ont pas pu imposer la pax turca.

Dans les faits, Erdogan pourra aller jusqu’à là où Poutine le laisse aller… Cependant, une inconnue demeure sur l’échiquier régional : l’imprévisibilité du président turc, qui, s’il ne peut pas présenter une victoire à son peuple en relogeant une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie dans la zone kurde nettoyée, connaîtra une crise interne importante.

Source : Diaspora Grecque

La Turquie coincée entre les S-400 russes

La politique évolue parfois étrangement que le public n’y comprend plus grand-chose. Les ennemis d’hier deviennent les amis d’aujourd’hui et vice-versa.

Pour mémoire :

  • Membre de l’OTAN depuis février 1952, la Turquie, en est une solide composante. Entre 1950 -1953 lors de la guerre de Corée, elle a envoyé plusieurs contingents sur zone.
  • Le 2 juillet 1974, la Turquie envahissait la République de Chypre ; elle occupe jusqu’à aujourd’hui la partie nord de l’île où elle a installé une République fantoche.
  • Le 24 avril 1915, les Turcs avaient arrêté, déporté et assassiné plusieurs centaines de notables arméniens de Constantinople. Les noms de ces martyrs sont connus et sont désormais inscrits dans les archives historiques de la République d’Arménie. Après les massacres et les déportations des Arméniens sur leur sol natal, leurs maisons ont été récupérées par les Kurdes. Ce peuple vivait sur les terres de l’Arménie occidentale, entre l’Iran, l’Irak et la Syrie.

    Sous l’Empire, le « Hamidiyé Alayi » composé de Kurdes assurait la sécurité du sultan ; il fut utilisé par le pouvoir turc pour spolier les Arméniens. Dans les années 30, les Kurdes s’organisèrent pour faire valoir leur identité et leur droit à l’autonomie. Ils formèrent des organisations politiques comme le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan qui eut pour chef Öcalan. Celui-ci fut arrêté par les autorités turques, jugé et condamné à mort le 15 février 1999. Cependant, sa peine fut commuée en détention à perpétuité car, en tant que candidat à l’adhésion à l’Union Européenne, la Turquie ne pouvait exécuter un condamné. Depuis cette lors, Öcalan est emprisonné dans une île-prison dans la mer de Marmara.

    Contrairement aux Turcs, les Kurdes ont présenté aux Arméniens leurs excuses pour les crimes commis par leurs aïeux.

    • Le 20 mars 2003, lors de la guerre contre l’Irak, la Turquie ne donna pas l’autorisation aux Américains d’utiliser la base militaire d’Incirlik qu’elle leur avait loué pour faire décoller leurs bombardiers. Les Américains furent obligés d’emprunter un autre itinéraire pour leurs opérations.

Avec la bénédiction de l’Occident, le parfum du Printemps arabe embrasa l’Afrique du nord de la Tunisie jusqu’à la frontière de la Libye. Toutefois, les événements prirent une autre tournure ; la Libye fut un morceau plus dur à avaler ; le peuple était malgré tout attaché à son autoritaire dirigeant. Par conséquent, il fallut avoir recours à l’OTAN pour briser l’armée libyenne. À la suite de cette intervention, le président Kadhafi fut assassiné.

Après l’intervention de l’OTAN en Libye, le vent de la révolte traversa l’Égypte pour atteindre la Syrie le 15 mars 2011. Le printemps arabe échoua face à Bachar El Assad, président syrien. Ennemi de la Syrie, la Turquie ouvrit grand ses portes aux réfugiés syriens qui fuyaient les bombardements. Bachar El Assad avait signé avec la Russie des accords tant militaire que d’assistance technique et commerciale. Pour les Américains, ce morceau syrien fut indigeste. Profitant de l’opportunité de cette guerre, la Turquie mena plusieurs attaques contre les communautés kurdes à la frontière du pays.

Si les sites touristiques méditerranéens de Turquie attiraient de nombreux touristes russes chaque année, un événement inattendu vint troubler cette situation. Le 24 novembre 2015, un avion militaire russe fut abattu à la frontière de la Syrie et son pilote tué. Les rapports entre la Russie et la Turquie devinrent difficiles. L’assassinat de l’ambassadeur russe, Andreï Karlov, à Ankara le 19 décembre 2016 provoqua l’arrêt des relations diplomatiques entre les deux pays. Jadis, un tel événement aurait déclenché une guerre entre les deux pays.

Afin d’aplanir les tensions, la Turquie présenta ses excuses aux Russes. La géopolitique prenait le dessus sur ces événements et les rapports entre les deux pays se sont améliorés.

Membre de l’OTAN, la Turquie avait commandé 100 unités de F-35 américains le 28 août 2017. Les militaires turcs suivaient une formation spécifique pour piloter ces bombardiers. Entre temps, Ankara avait également commandé, le 12 septembre 2017, des fusées S-400 russes, efficaces intercepteurs de missiles et de bombardiers.

Les États-Unis s’opposèrent cette transaction, en exerçant un chantage sur la livraison des F-35 à la Turquie et en suspendant la formation des pilotes. En revanche, les militaires turcs s’entraînaient au maniement des S-400 russes. La Turquie se trouva entre les S-400 russes et les F-35 américains.

Par ruse, la Turquie pourrait gagner sur les deux tableaux. Ne conclurait-elle pas un accord avec les Américains en leur transmettant le secret de fabrication des S-400 russes qui avaient fait leur preuve au front pour contrer les performances des F-35 américains et nuire à leur vente sur le marché mondial ?

Voilà ci-après, une partie du document relevé le 28 juin 2019 dans Sputnik France dans la rubrique international « Erdogan confirme que Trump comprend les motivations de la Turquie concernant les S-400 russes.  En effet, en ce qui concerne les S-400, Monsieur Trump connaît très bien les soucis de la Turquie et pourquoi nous avons besoin de ce système et comment nous sommes arrivés à cet point », a tenu expliquer Recep Tayyip Erdogan.

Avant d’ajouter :

« Je crois que notre rencontre avec le Président américain lors du sommet du G20 sera important pour surmonter le point mort dans nos relations bilatérales et renforcer notre coopération.»

La fin de la livraison des S-400 en Turquie et la formation de spécialistes turcs par des militaires russes est prévue pour la fin de l’année 2019.

Nersès Durman-Arabyan
Antony, le 28 juin 2017

L’église circoncise de la Sainte Croix d’Aghtamar

Toujours d’actualité

Eglise Sainte-Croix Aghtamar

La culture c’est l’ADN d’une nation. L’extermination d’un peuple plusieurs fois millénaire pour s’approprier son héritage est voué à l’échec. L’ADN d’une nation révélera toujours son identité. En conséquence, la culture arménienne restera à jamais vivante dans la mémoire universelle.

Tout au long de l’histoire, les collectivités humaines ont vécu dans différentes contrées. Elles y ont créé leur culture, leur religion, et par conséquent des symboles qui représentent leur identité. L’UNESCO est une organisation internationale qui consacre des fonds pour rechercher et préserver le patrimoine de l’Humanité. Plusieurs fois millénaire, le peuple arménien, qui fut l’objet de bon nombre de persécutions et de massacres, a affirmé son identité dans les registres de la mémoire universelle. En Arménie, le seul vestige qui demeure de l‘époque païenne est le temple de Garni. Après avoir opté pour le christianisme comme religion d’État en 301, l’Arménie a construit des églises ; certaines reposent sur les fondations de temples païens, c’est le cas de la Sainte Église d’Etchmiadzine. L’Arménie historique a compté des milliers d’églises, de monastères, de chapelles, d’écoles et d’hôpitaux. Après le génocide de 1915, tous ces vestiges ont été détruits comme pour en effacer l’existence. La ville d’Ani que les Turcs appellent « Ane » ce qui signifie « Souviens-toi » se trouve sur l’actuel territoire de la Turquie. Ani était célèbre pour ses mille et une églises. Ancienne capitale de l’Arménie, elle fut complètement détruite.

Suite à l’anéantissement des Arméniens sur leurs terres ancestrales, leurs églises furent dans le meilleur cas reconverties en étables ou en granges. Au milieu du lac de Van, sur l’île d’Aghtamar (« Ak Damar » pour les Turcs, à savoir « la veine blanche »), les Arméniens avaient érigé au 10ème siècle une église, celle de la Sainte Croix. Cet édifice nécessitait des travaux de restauration. La Turquie les entreprit et, le 29 mars 2007, le bâtiment fut inauguré comme musée. La croix dressée sur son dôme avait été supprimée afin de ne pas donner au lieu son caractère sacré. Ainsi, la Turquie avait circoncise l’église la Sainte Croix d’Aghtamar, qui reste et demeure un symbole dans la mémoire nationale arménienne. Pour les Arméniens, il existe un nombre incalculable de vestiges qui ont subi le même sort, la même amputation, comme ces cohortes de femmes et ces jeunes filles enlevées, torturées et violées sur les routes de l’exode. Depuis 92 ans, les rescapés de ce peuple génocidé qui ont constitué partout dans le monde une diaspora ont été les témoins oculaires de la tragédie de 1915.

La Turquie ne se servirait-elle pas de l’inauguration de l’église musée de la Sainte Croix d’Aghtamar pour faire valoir aux yeux du monde son attachement aux valeurs universelles ?

La Turquie actuelle, candidate aux examens d’entrée dans l’Union européenne, a concédé quelques libertés de façade à son peuple. Après l’assassinat de Hrant Dink, plusieurs milliers de Turcs se sont réveillés pour sortir de leur engourdissement. En Asie mineure (Anatolie), des centaines de milliers d’Arméniens islamisés recherchent leurs racines, leurs ancêtres, leur passé. Le gouvernement turc ne leur mettra-t-il pas des bâtons dans les roues afin d’empêcher ceux d’entre eux qui le désireraient de se faire baptiser dans l’église de Saint Grégoire l’Illuminateur ?

Nersès Durman
Septembre 2014

Diplomatie, espionnage ou guerre ?

Lors des cours de préparation au lycée, le colonel chargé de notre enseignement militaire disait : « Les ambassades et les consulats étrangers sont des institutions diplomatiques et aussi des foyers d’espionnage dans le pays. »

Affaire Cicéron – J. Mason & D. Darrieux

En 1943, l’affaire Cicéron fut un fait d’espionnage exemplaire, durant 9 mois consécutifs, le valet de l’Ambassade du Royaume-Uni d’Ankara fit passer aux diplomates allemands des photographies de haute importance. Cet événement fut baptisé « l’Affaire Cicéron ».

Lors de la Seconde Guerre de 1935-1945, la Turquie avait déclaré sa neutralité. Elle présentait par conséquent un terrain propice pour les affaires d’espionnage de toutes les parties belligérantes. Le peuple turc subissait, en outre, des restrictions, comme si le pays était en guerre.

Malgré une neutralité affichée, la Turquie fournissait à l’Allemagne des denrées alimentaires par wagons réfrigérés et des métaux comme du chrome, matière indispensable pour la fabrication d’armement.

Franz Von Papen, ambassadeur d’Allemagne en poste à Ankara, jouait un rôle primordial dans ses approvisionnements. Une tentative d’attentat contre lui fut déjouée. Deux russes, dénommés Pavlov et Kornilov, furent arrêtés et emprisonnés jusqu’à la fin de la guerre.

L’offensive de l’armée allemande contre l’Union soviétique atteignit son paroxysme lors de la bataille de Stalingrad.

En 1941, la Turquie (officiellement pays neutre) avait appelé sous les drapeaux 20 classes d’hommes de 25 à 45 ans issus des communautés arménienne, grecque et juive du pays. Dès lors, des familles entières furent séparées des hommes valides. L’armée turque avait aligné plusieurs divisions de soldats à la frontière avec l’URSS. L’attaque était prévue dès la chute de Stalingrad. Mais le 2 février 1943, l’armée allemande commandée par feldmarschall Friedrich Paulus capitulait. 

Après la défaite de l’Allemagne, les États-Unis (alliés pendant la guerre) cherchèrent à éprouver l’efficacité de la technologie militaire soviétique. Ils envoyèrent un avion d’espion de reconnaissance type U-2 au-dessus de l’URSS piloté par Francis Gary Powers, spécialement recruté par la CIA. Powers avait reçu des instructions précises au cas où son avion serait abattu. En effet l’avion espion U-2 fut intercepté dans l’espace aérien soviétique, le pilote américain fut capturé.    

Plusieurs années se sont écoulées depuis la fin de la guerre. Le 26 décembre 1991, l’URSS s’est disloquée. Le savoir-faire technologique du pays fut partagé parmi les 15 anciennes républiques soviétiques.

État fédéral, la Russie est la plus grande de ces anciennes républiques par sa superficie mais aussi la plus riche par sa technologie et ses ressources naturelles en hydrocarbures. Certes, au début, la transition s’est faite avec d’énormes sacrifices pour le peuple. Mais, actuellement, le niveau de vie s’est amélioré, et la Russie est devenue un pays attractif pour les investissements étrangers.

Ancien membre du KGB d’URSS, Vladimir Poutine préside au destin de la Russie. Chrétien orthodoxe, il ne manque pas une occasion d’honorer son église de sa présence lors des grandes occasions.

Le 1er mars 2018, avant les élections présidentielles, le candidat Poutine présenta pendant plus d’une heure son programme devant les membres de l’Assemblée Fédérale. La première partie de son exposé fut consacrée à l’amélioration du niveau de vie des citoyens et aux moyens financiers pour y parvenir ; la seconde partie concernait la défense du territoire. Contrairement à l’époque soviétique, il divulgua une panoplie de nouveaux armements qui avaient fait leurs preuves, lors de la guerre en Syrie.

L’exposé de V. Poutine aurait-il effrayé l’Europe et en particulier les États-Unis ? À l’inverse, le peuple russe qui avait subi dans sa chair les horreurs de la guerre était-il rassuré par l’exposé du futur candidat à la présidentielle ?

Début mars 2018, l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille étaient retrouvés empoisonnés à Salisbury. Immédiatement, la première ministre britannique, Theresa May accusa la Russie de cet attentat, lors du sommet des chefs d’États de l’Union Européenne. Le 18 mars 2018 V. Poutine fut réélu président avec un nombre des voix sans précédent.

Au vu de ces faits et à la veille de négociations importantes sur la fourniture de gaz et de l’ouverture de la coupe du monde de football en juin 2018 en Russie, quel intérêt pouvait tirer le président Poutine en éliminant par empoisonnement un ex-espion russe ? Sur le col empoisonné du manteau que portait Sergueï Skripal n’y avait-il pas une marque usée et à moitié effacée où l’on pouvait lire UK ?

La montée en puissance de la Russie inquiète les États-Unis d’Amérique. Une nouvelle crise financière se profile, menaçant les marchés boursiers. L’émergence des BRICS et de l’Eurasie redistribue les cartes. La Russie et les États-Unis iront-ils vers une entente ou une confrontation ?

Avant les élections en Russie, un journaliste étranger avait posé une question à Vladimir Poutine :
« Si les États-Unis déclenchent une guerre contre la Russie qui en sortira vainqueur ? »

La réponse ne tarda pas : « Ça sera la fin du monde. »

Ne faut-il pas bannir les guerres et chercher par les moyens diplomatiques une entente cordiale et une coopération entre les peuples en arrêtant le surarmement car la vie est le don le plus précieux des hommes ?

Nersès Durman-Arabyan
Antony – 30 mars 2018

LA DÉMOCRATIE EN TURQUIE ET LES EDITIONS BELGE

Actuellement, 1.086 détenus croupissent dans les prisons en Turquie dans des conditions déplorables et préoccupantes pour leur état de santé. Il faut savoir qu’en 2016 d’autres détenus gravement malades et en attente de libération sont morts dans les geôles turques.

Le 9 mai 2017 au matin, des policiers ont fait irruption dans le bâtiment des Éditions BELGE d’Istanbul emporté plus de 2.000 livres qui représentaient les joyaux de l’Edition. Cette institution avait été créée  en 1985 par notre ami Ragip Zarakolu et son épouse feue Ayse Nur. Le couple Zarakolu avait été emprisonné à maintes reprises car il avait eu le courage d’éditer le 26 avril 1996 un livre sur le Génocide des Arméniens. En même temps, les massacres des Grecs pontiques, des Kurdes et des Assyro- Chaldéens furent évoqués dans les Éditions BELGE.

La Turquie attend d’être admise dans l’Union Européenne. Avec cette incursion sauvage dans locaux des Éditions BELGE, la Turquie a détruit le dernier bastion de  démocratie de ce pays.

Nersès Durman-Arabyan
Paris, le 12 mai 2017